Abdel Dahmana, expert international en cybersécurité à infos-premières: « le numérique va certainement jouer un rôle déterminant lors de la présidentielle de 2019 »

Abdel Dahmana, expert international en cybersécurité à infos-premières: « le numérique va certainement jouer un rôle déterminant lors de la présidentielle de 2019 »
08 juin 17:46 2018 Imprimer cet Article

 Abdel Dahmana n’est plus à présenter, en dépit d’un agenda très chargé, l’éminent expert international a bien voulu répondre avec sa disponibilité légendaire aux questions d’infos-premieres.

Le gouvernement a décidé d’intégrer l’équation « économie numérique » dans son programme. Quelles doivent être d’après-vous  ses priorités pour faire du numérique un puissant levier de croissance ?

C’est une excellente nouvelle et cette équation ne peut être que positive et bénéfique.

En effet, il suffit juste de jeter un œil sur la capitalisation des GAFAM pour en être convaincu ou regarder le classement des 10 hommes les plus riches de la planète pour s’en rendre compte.

C’est une preuve irréfutable pour déduire le potentiel du domaine du numérique.

Quant aux priorités, il y’en a tellement… Mais avant tout, il faudrait se pencher sérieusement sur un sujet stratégique qui est la souveraineté informatique ou la cyber souveraineté qui est un programme en soit : Construction de DATA Center souverains respectant les normes internationales tant sur le plan de résilience que sur leur inscription dans un cadre de la GREEN Technologies.

Rien que dans le domaine de cyber sécurité, il y’a un travail colossal à réaliser, je me répète car je l’avais déjà évoqué dans mes dernières interventions : il est temps de rapatrier les données personnelles de chaque Algérien sur le sol national.

La directive Européenne sur la protection des données personnelles (GDPR), oblige toute entreprise, administration et ONG à mettre en place un programme spécifique pour réaliser cette protection faute de quoi, chaque entreprise auditée qui ne respecte pas cette directive, sera redevable d’une amende équivalente à 4% de son chiffre d’affaire, une ONG ou Administration s’acquittera d’un montant forfaitaire de 20 millions d’Euros, pour dire à quelle point l’Europe protège les données personnelles des Européens.

Ensuite, encourager d’une manière massive dans la production du contenu et d’application 100% Algériennes pour prendre en compte la spécificité culturelle de notre pays. Des startups par centaines peuvent s’engouffrer dans cette opportunité afin de créer de la valeur et pourquoi pas de la très haute valeur ajoutée !

Nous sommes plus compétitif que la Chine si notre pays donne un signal fort à l’Europe et au reste du monde, pourquoi ? Nous somme à la porte de l’Europe, donc les délais de livraison sont très courts, l’énergie nous nous en disposons et elle est moins chère chez nous qu’en Chine et notre main d’œuvre est aussi abordable, compétitive et compétente. Donc, on les arguments pour attirer les investisseurs ou des projets à haute valeur ajoutée !

 La transition numérique a un coût, aujourd’hui il y a une forte polémique dans le pays sur une disposition de la loi de finances complémentaires (LFC) préconisant l’augmentation des tarifs des documents biométriques (Carte d’identité, passeport…), visiblement le gouvernement vise à un amortissement des équipements à travers ces importantes augmentations. Certains experts des TIC affirment le prix de la CNI biométrique ne doit pas dépasser 3 euros (600 DA). Votre point de vue sur cette question qui tient en haleine toute la population ? Ces tarifications hors-normes des documents biométriques peuvent -elles- ralentir cette révolution numérique DZ ?

N’importe quelle technologie a un coût. Participer à l’amortissement de cette technologie biométrique est une chose normale, Les 600 DA c’est le coût du document lui-même, mais le matériel associé, c’est-à-dire les lecteurs, les serveurs, les configurateurs de ces documents valent plus que ça sans compter les licences de ce dispositif et les coûts de la formation, je ne crois pas que les 600 DA suffisent pour amortir tout ça… Je ne comprends pas cette polémique. A titre d’information, en France, un passeport biométrique coûte 42 € pour un mineur et 86 € pour un adulte.

L’Algérien moyen dépense autour de 2000 DA par mois, donc 240 000 DA en 10 ans pour son Internet et son Smartphone à des opérateurs parfois pour un service très moyen sans se rendre compte mais sortir le juste prix pour une CNI ou un passeport dont la durée de validité est de 10 ans et là on crie au loup…

La révolution numérique ne se situe pas dans les documents Biométrique uniquement, elle est plus dans les infrastructures de communications (réseaux filaires, sans fil, fibre, etc…) les centres de calcules et de données, dans les contenus, dans l’intelligence artificielle et dans les terminaux.

 L’Algérie peut-elle être  acteur régional majeur dans le numérique ?  a-t-elle les capacités de se transformer en « Silicon Valley » d’Afrique du Nord ?

Si l’Algérie veut se donner les moyens, oui, si une vraie volonté politique  existe, oui, si des investissements massifs seraient mis sur la table, oui car les ressources humaines sont là, elles sont opérationnelles. Cependant, toute autre posture ou approche ne mènera à rien et l’on serait que consommateurs et le pays fera une erreur irrattrapable.

Dans plusieurs domaines l’Algérie pourra jouer un rôle primordial car, outre, sa position géostratégique idéal pour le passage de la plus grande dorsale (Fibre Optique) reliant l’Europe à l’Afrique, via deux pays différents voir trois, en l’occurrence Espagne France et Italie pour disposer d’une très haute disponibilité des réseaux. Construction de Data centers pour les données non sensibles pour toute la planète, héberger les données des pays voisins en manque d’infrastructures : Tunisie, Mauritanie, Niger, Lybie, Mali etc… L’Algérie dispose d’une énergie abordable pour alimenter ces data centers à moindre coût.

Sans occulter le potentiel de développement d’applications, holographique et d’intelligence artificielle.

Enfin, accompagner les pays Africains dans la construction de leurs infrastructures une fois notre expérience terminée.

Comme déjà signalé, par mes soins, dans les précédentes interventions, on dispose d’un potentiel sans pareil si l’on ne veut pas rater le train…

 Quel rôle le numérique va-t-il – à jouer dans la prochaine élection présidentielle qui aura lieu en 2019 ?

Le numérique va certainement jouer un rôle déterminant, le digital n’a épargné aucun secteur mais aucun, en outre l’information est accessible en temps réel et les compagnes de fausses infos (Fake news) qui risquent de déferler à des moments inopportuns. Cette élection doit faire objet d’une attention toute particulière.

Ces dernières années, on a assisté à l’élection de candidats inattendus avec l’intervention des puissances étrangères au détriment de la souveraineté du peuple.

Enfin, l’annonce des résultats (Faux et Vrais) en temps réel reste tout à fait possible ce qui aggravera le désordre et la confusion. A ce stade, il faudrait peut-être songer à anticiper par une taskforce pour gérer la communication de crise éventuelle.

Propos recueillis par Sofia Alkhodja

 

 

 

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