La question amazigh: de l’indépendance à l’ouverture démocratique (1962/1988)

La question amazigh: de l’indépendance à l’ouverture démocratique (1962/1988)
28 avril 02:22 2018 Imprimer cet Article

Certains parmi vous, et je l’ai déjà lu sur Facebook, s’interrogent sur la périodisation de la problématique amazighe et le choix de la  tranche historique : 1962 :1989. Elle renvoie tout simplement à la période du parti unique marquée par le monopole idéologique, politique, culturel et identitaire et, par conséquent, c’est le début de la structuration de la dictature. Mot clé du développement politique  national. C’est également   la  naissance du jeune Etat algérien, enfin entre les mains des siens, après un intermède de plus quatre siècles entre Ottomans et Français. Auréolé de la gloire du combat libérateur  – l’exploit du siècle à mon sens – l’Etat embryonnaire s’appuie sur une rhétorique anti-impérialiste qui le plaçait dans le bon camp, celui du progrès et des damnés de la terre. On est donc entré de plain-pied dans le mouvement de l’histoire. Il était extrêmement difficile de s’opposer à cet Etat à la légitimité historique certes usurpée et dont le régime va se distinguer, dans la pratique politique et institutionnelle, par une répression féroce et un arbitraire despotique. C’est dire la tâche extrêmement ardue à tout point de vue pour les opposants en général et les militants de Timuzgha (berbérité) en particulier.

L’indépendance algérienne acquise de haute lutte est survenue dans une ambiance de déchirement et de violence entre les wilaya intérieures légitimistes (2,3,4, Fédération de France du Fln), soutenant le Gpra, d’une part, et l’armée des frontières,  s’appuyant sur les wilaya 1,5 et 6 et en opposition avec  une légalité fragilisée, d’autre part. La confrontation entre les deux camps a eu lieu et a failli dégénérer en guerre civile. Ben Bella, qui sort vainqueur de ce face-à-face  certes  éphémère mais sanglant,  s’était distingué auparavant et dès sa sortie de prison par son célèbre slogan en lançant, à Al Ouina en Tunisie, devant la foule venue accueillir les prisonniers politiques: « Nous sommes arabes, nous sommes arabes, nous sommes arabes ! » Trois fois !

A qui s’adresse-t-il ? Aux Berbérophones ? A Bourguiba, dont le pro occidentalisme indisposait Gamal Abdenacer, champion du panarabisme et mentor de Ben Bella ? Avec le recul, il l’a sans doute fait en direction des deux cibles. En tout cas, le décor est planté. Le croquemitaine berbère, assimilé au kabyle, est déjà convoqué pour stigmatiser cette région tradionnellement rebelle au pouvoir central. Il en est ainsi de la dénonciation  de la déclaration de Krim Belkacem par Ben Bella parce que faite à Tizi Ouzou, alors que,  lui, il n’a pas cessé d’intervenir à partir de Tlemcen. En somme, parler de Tizi Ouzou, c’est une menace  contre l’unité nationale, discourir de Tlemcen, c’est raffermir l’unité nationale, selon un discours volontiers outrancier et qui va s’imposer en norme et devenir une référence. Voilà la norme qui va s’installer durant les années 60 et qui aura longue vie tellement le débat est dominé par l’ostracisme. J’illustre cette situation  par cet exemple pour révéler la mise en place des mécanismes  psycho-politiques du discours dominant.

La structuration de la dictature se fait avec une production idéologique binaire : politiquement, moderne ; culturellement, conservatrice. Ce dernier élément renvoie à la question identitaire.   L’arabisme et l’islamisme, même feutré en ses temps du tiers-mondisme triomphant, sacralisent la langue arabe. Ce facteur binaire idéologiquement est décrit  pertinemment par Henri Sanson : dans son livre : « Algérie, la  laïcité islamique ».

Le temps du déni et de la marginalisation 

Dans toute la production politique et culturelle, le mot berbère est banni : « on ne parlait guère du  fait berbère, des deux côtés de la Méditerrané, que pour le nier et le dénoncer comme une construction politique de la France coloniale », soutenait  Jean Morizot dans son remarquable livre :  « Les Kabyles : propos d’un témoin ». L’évocation du mot berbère est synonyme de division, de partition ;  bref, c’est l’ennemi intérieur.  Je me souviens d’un livre officiel, sans doute paru l’année 1967, qui désignait nos ancêtres comme  premiers Algériens pour ne pas citer le mot berbère. En ces temps, il ne saurait y avoir de galas artistiques  où un chanteur kabyle pouvait se produire seul. Il en est de même d’un groupe de chanteurs berbérophones. Idir en a été l’exception à la fin des années 70. La radio kabyle n’émettait pas toute la journée. Des tranches en langue arabe et surtout des émissions islamiques occupaient une bonne partie de l’espace. Le relais de la radio kabyle endommagé et ayant donc perdu de son rayon d’action n’a pas été remplacé. Le pire est atteint quand l’Algérie, l’année 1969, avait organisé le festival panafricain où tout le continent noir  avait défilé et chanté  dans les rues d’Alger pavoisé aux couleurs anticolonialistes  alors que Taos Amrouche, a été séquestrée dans un hôtel et interdite de parole dans  son propre pays. Voici à ce propos le témoignage du cinéaste Abderrahmane Bouguermouh : « Elle (Taos Amrouche) était séquestrée et gardée par la police. Je l’ai faite sortir et je l’ai emmenée dans ma petite R4. Des Kabyles de Sidi Aiche qui travaillaient à l’hôtel m’avaient aidé à la faire sortir par la porte de derrière. On est allés à Beni Douala, aux Ouadhias, à Fort National, puis à Ighil Ali où pratiquement personne ne l’avait reconnue. Elle voulait voir sa maison, mais il y avait quelqu’un qui l’avait squattée. De là, on est repartis par le col de Tirourda et quand on est arrivés au col elle m’a demandé de m’arrêter. Elle est descendue de voiture et s’est mise à  chanter.
Au départ, elle avait la gorge nouée, puis peu à peu ça s’est desserré. Elle chantait à en faire trembler le Djurdjura et elle pleurait. C’était très, très émouvant. De retour à Alger, j’ai appelé Ben Mohamed (Ndlr, le poète) pour lui dire qu’Ahmed Taleb El Ibrahimi, à l’époque ministre de la Culture ou de l’Information, avait séquestré Taos Amrouche à l’hôtel. Ils sont venus de nuit et ils l’ont emmenée lui et Hend Sadi à la cité universitaire. Là, ce fut l’un des plus beaux galas que j’ai vu de toute ma vie. Ils étaient des milliers à l’applaudir. Ça lui a fait chaud au cœur».

Le fichier de documentation berbère, sous l’autorité du Père Paul Reissing, berbérisant, établi à Alger, est mis sous scellé suite à l’affaire des poseurs de bombes en 1976. Malgré une nouvelle autorisation des autorités, les Pères blancs ont préféré arrêter leur publication suite à ce qu’ils considèrent comme une provocation. Leurs collègues travaillant en Kabylie ont été en effet rudement malmenés.

A cette époque, écrire en tifinagh est tout simplement interdit et mène tout droit à la prison. Voilà un tableau sommaire de l’oppression antiberbère mené par le pouvoir et ses acolytes idéologiques. Il va sans dire que les noms amazighs sont interdits par l’Etat civil.

La négation de l’amazighité crée une haine de soi jusqu’à s’inventer d’autres ancêtres. Le trouble identitaire est profond,  phénomène quasi unique qui fait dire au  grand littérateur algérien, Kateb Yacine, Amazigh arabisé,  que cette situation procède «d’une grande aliénation ». Cela a aussi frappé l’imagination  de l’historien anticolonialiste Charles André Julien qui rapporta avoir discuté de cette question des origines  avec Ferhat Abbas,  homme plutôt ouvert, celui-ci avait répondu qu’il est « meslem ».

La confusion entre arabité et islamité est réelle, entretenue à dessein par les arabistes  et les jacobins de tout espèce. Ses forces sont monumentales car, en plus d’expérimenter institutionnellement leur pensée,  elles agissent sur les catégories mentales.  Tout joue en défaveur du berbère.

Se dire arabe est normal même si cela n’est pas vrai historiquement, anthropologiquement et ethniquement mais se nommer berbère est une offense à l’Etat et, malheureusement, à une grande partie de la population qui se considère sincèrement arabe. Le travail de déconstruction s’annonce immensément pénible, difficile et patient. La tâche est rude. Le seul dirigeant dans le personnel politique du pouvoir à nuancer la définition arabe de l’Algérie est Ahmed Taleb Ibrahimi. Il a en effet soutenu que les Algériens sont « des Berbères plus ou moins arabisés ». Sans conséquence pratique cependant. Bien au contraire. Chargé de l’arabisation de la justice en 1968, Ahmed Taleb unifia le système judiciaire en éliminant, entre autres, le droit coutumier kabyle, certes mineur, qui avait cours aux côtés du droit musulman du temps de la colonisation.

L’émergence d’une conscience amazighe

La prise de conscience de son amazighité va prendre plusieurs chemins, d’abord psychologique, émotionnel puis politique.

Je crois que la défaite du groupe de Tizi-Ouzou l’été 1962 puis celle du Ffs en 1963, insurrection nationale vite réduite à la seule Kabylie, va laisser  un sentiment amer chez la population kabyle vis-à-vis du pouvoir central. La répression a été brutale et la perception du centre s’en est modifiée. Les victimes osent même comparer les menées de  l’Anp  à l’armée française. Cette région berbérophone va reprendre sa place historique de bled Es siba, pays de la dissidence. L’échec des deux leaders kabyles – Krim Belkacem (1962) et Ait Ahmed Hocine (1963) – en cette période à renverser la tendance va amener les kabyles à s’interroger sur cette barrière invisible qui rend infranchissable  le sommet de l’Etat alors que son personnel politique avait dominé durant longtemps la conduite de la guerre de libération nationale. L’Etat est d’ores et déjà considéré extérieur à cette population dans cette portion géographique qui se mue en force géopolitique. La donne amazighe apparaît émotionnellement chez une bonne partie de la Kabylie. Les ressorts psychologiques d’une renaissance à soi se mettent doucement mais sûrement en place. D’autres circuits inattendus tels le sport et la chanson vont entrer en scène. Au début des années 70, des voix dissidentes font entendre courageusement,  à partir de la radio kabyle,  des dissonances favorables à Tamazight. C’est le cas de Mouloud Mammeri qui fait de la recherche académique au Crape (Centre de recherches d’anthropologie, de préhistoire et d’ethnologie)  après la cessation de mission de la chaire de berbère à l’université d’Alger. C’est également le cas du poète et animateur de radio : Ben Mohamed. Ce poète et d’autres avaient défié la censure et son alter ego : l’auto censure. La JSK, malgré elle, est devenue auprès de ses supporters le porte-drapeau  de l’amazighité. Son ascension fulgurante dans la hiérarchie du football algérien à partir de 1974, combinée à l’apparition de nouveaux chanteurs modernes tels  qu’Idir, Ferhat, groupe Djurdjura, Djamal Alam, etc. a donné une fierté aux Kabyles et aux militants de la cause amazighe. La chanson kabyle sort du terroir  pour atteindre une dimension internationale.  Immense succès de prestige pour une culture méprisée et considérée comme provinciale. Dans la foulée, Ait Menguelet change de registre et produit des textes poétiques éblouissants. Dans l’ombre, un autre géant attend son heure : Lounes Matoub.

Paradoxalement, ce ne sont pas les formations partisanes qui vont le plus se distinguer ni jouer un rôle précurseur. Le Ffs, dans son programme initial, ne pose pas la problématique. Il fait référence à la société amazighe en improvisant sur les dénominations : l’assemblée est appelée tajmaath, le délégué, tamen. Pas plus.

Cependant, c’est un certain Bessaoud Mohand Arab, ex-officier de l’Aln et membre du Ffs, parti accablé par la répression et dont les dirigeants sont emprisonnés ou partis en exil, qui vulgarisera la revendication amazighe grâce à l’académie berbère créée sous forme d’association (Loi 1901). Cette académie fondée à Paris par une pléthore de personnalités mettra en valeur l’alphabet libyco-tifinagh, à l’occasion remodelé par la paire Bessaoud (Algérien)/Ahardane (Marocain). L’appropriation de cet alphabet et de la revendication amazighe est effective dans les milieux ouvriers et populaires algériens en exil. C’était la fin des années 60. L’attente est donc réelle même si sur le plan de la recherche universitaire, entre 1968/1979, l’association française des arabisants à Paris, de caractère scientifique, enregistre une vingtaine d’études sur le berbère, en linguistique d’ailleurs, pour une totalité de trois mille ouvrages consacrés au Maghreb.

En France, le groupe d’études berbères (le Geb) est fondé à l’université de Vincennes sous l’autorité d’un ancien responsable du Ffs, M’Barek Redjala, titulaire de plusieurs diplômes universitaire, entre autres, agrégé de langue arabe. Les étudiants  appartiennent à la génération post indépendance qui en  constitue le socle sociologique. Le poète et dramaturge  Mohia en est issu. En dix ans, deux revues seront lancées. D’abord le bulletin d’études berbères puis tisuraf. Ali Sayad dirigera cette dernière publication.

En émigration et en Algérie,  principalement en Kabylie, la maturation se fait à grands pas. Les conditions objectives d’une revendication ouverte et portée populairement se réunissent. D’ailleurs, ses voix se font entendre lors du débat sur la charte nationale de 1976. Mais, les doléances exprimées ici et là ne sont pas prises en compte. La charte nationale consacre le jacobinisme administratif et de la pensée. L’ambiance de l’époque était à l’unanimisme et à l’arabisme. Parmi les slogans issus de ce document de référence, il est dit que « l’Algérie est une partie indétachable de la nation arabe ». Remarquez que l’on parle de nation arabe et non pas du monde arabe. Cela veut dire que l’un des fondements de la pensée baathiste, basé sur l’ethnicisme arabe, est admis. Désormais, il y a la petite patrie, l’Algérie, et la grande patrie : l’Arabistan. On sait à quel sort sont vouées les minorités – les Kurdes par exemple – dans cet espace fantasmé mais réel en Irak et en Syrie. Cependant dans la quête de démontrer que la nation algérienne a toujours existé, les rédacteurs de la charte nationale voient dans les actions de Massinissa et de Jugurtha, les prémisses de cette idée. En réalité, la Charte a consacré solennellement l’effacement de l’amazighité. Le mot amazigh ou berbère n’ apparaissent même pas.  Rien de moins.

Qu’en est-il de l’opposition politique et partisane au régime en place ?

A la fin des années 60, on comptait trois partis d’opposition qui se réclamaient de la démocratie, le Parti de la révolution socialiste dirigé par Boudiaf, le Front des forces socialistes dirigé par Ait Ahmed Hocine et le Mouvement démocratique pour le renouveau algérien dirigé par Krim Belkacem. Le Pags, parti d’avant-garde socialiste étant un parti non légal mais toléré du fait de son soutien critique au régime ne fait pas partie de cette nomenclature.

Le premier à reconnaître le fait berbère est le Parti de la révolution socialiste dans son journal  Al Jarida, n° 20, l’année 1977, qui critique le débat sur la charte nationale, notamment la non prise en charge de l’amazighité. Le Prs demande le développement de la langue amazighe.

Le Ffs suivra l’année 1978. Dans son avant programme, résumé dans un opuscule intitulé « l’alternative démocratique à la catastrophe nationale », le Ffs revendique « le droit de cité de la langue berbère dans la cité berbère ». La rencontre d’une nouvelle génération imprégnée du fait berbère autour de Said Sadi et la direction historique du Ffs en exil a donné corps à cette inédite expression politique. Désormais, la revendication amazighe est liée à la protection et à la promotion des droits de l’homme. Depuis,  le Ffs montera en gamme sur cette question.  Ait Ahmed déclarera lors de son retour d’exil que les questions amazighe et de la femme sont des professions de foi pour la démocratie. C’est de cette rencontre entre deux générations différentes qu’émergera le printemps amazigh en 1980 qui a innové dans la contestation en ayant recours à des manifestations populaires et pacifiques. En 1980, 24 personnes, sont déférées devant la Cour de sûreté de l’Etat. Dans la réalité, l’interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri à l’université e Tizi-Ouzou n’est que la goutte qui a fait déborder le vase.

Le 19 mai  1981, verra  B’gayet et l’université d’Alger  renouer  avec  ce genre de manifestations, événement malheureusement réprimé comme le premier. Arrestations, emprisonnements et procès avec des peines plus ou moins lourdes.

Lors de ces deux insurrections, des individualités se réclamant de la gauche (ou extrême gauche) ont  aussi joué un rôle en coordination ou/et en rivalité avec le Ffs. Un des acteurs de la crise berbère de 1949 réapparaîtra. C’est Rachid Ali Yahya qui lance en 1980 son nouveau parti : le Fuaa.(Front uni pour l’Algérie algérienne).

La synthèse et la doctrine de ce combat sont fixées au  séminaire de Yakourène l’été de la même année.

Cependant et pour des raisons encore inconnues,  la nouvelle génération « berbériste » au sein du Ffs quittera organiquement ce parti. Une espèce de compagnonnage régira ensuite cette relation. C’est de cette rupture que naîtra pour la première fois le sigle du  Mcb (Mouvement culturel berbère), l’année 1983. De cette recomposition naîtra la revue  tafsut, avec deux  séries : l’une  ordinaire ; l’autre, de réflexion (Etudes et documents),  tandis qu’en émigration est née la coopérative de production culturelle berbère  Imedyazene (les poètes), un centre de ralliement des militants de tamazight. Dans ce bouillonnement, il y aura le  lancement quasi-simultané de deux revues académiques sur la chose berbère : Awal avec Mouloud Mammeri et Tassadith Yacine et Etudes et documents berbères dirigé par Ouahmi Ould Braham. Cette dernière existe jusqu’à maintenant. Mohia rencontre un franc succès avec ses pièces de théâtres et ses one man shows. Il a maîtrisé ce grand art en adaptant librement en kabyle des textes d’auteurs de facture mondiale: Brecht, Becket, Pirandelo, Molière, Lao Tseu, etc.

La question amazighe est posée en termes démocratique. Elle est intrinsèquement liée à la démocratisation des institutions et de la société. C’est dans la mouvance amazighiste que sera mené le combat pour la création en juillet 1985 d’une Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, organisation indépendante dirigée par Ali Yahya Abdenour, lui-même issu du Mouvement national et du Ffs historique. De cette mouvance est née en émigration, le comité de soutien à la Ligue algérienne des droits de l’homme, dirigé par l’écrivain Nabile Fares, et le Comité contre la répression en Algérie, dirigé par Meziane Babouche.

Lors de la proclamation pour l’instauration de la démocratie en Algérie, signée par Ait- Ahmed et Ben Bella, le 19 décembre 1985, à Londres, il est souligné – je cite – : « l’officialisation dans un cadre institutionnel du droit à l’enseignement, au développement et au libre épanouissement de la langue et de la culture nationales berbères ».

Ben Bella est le troisième chef historique de la révolution algérienne après Ait Ahmed, Boudiaf à se prononcer en faveur du berbère.

Lors des évènements de 1988, la Kabylie est resté relativement calme. La cause amazighe a cheminé et a engrangé des résultats. C’est à partir de ces luttes diverses et variées qu’une accumulation s’est faite et que la question est portée à drapeau déployée. Même des personnalités autrefois hostiles commencent à réviser leur jugement. Le pouvoir commence à nuancer sur l’histoire. Auparavant, lors du cinquième congrès du Fln, l’année 1983, trois ans après Tafsut imazighène, le chef de l’Etat et chef du parti unique, Chadli Bendjedid, avait déclaré que « nous sommes berbères » et a cité les grandes épopées historiques du peuple berbère.

C’est dire le dégel des esprits après l’irruption des manifestations de 1980 et 1981, en Kabylie et à Alger, qui va marquer un tournant stratégique, politique et psychologique

Pour une partie des militants, l’idée de lancer un parti politique à partir d’assises berbères est soulevée. C’est sur cette base qu’est né le Rcd.

La nouvelle constitution pluraliste adoptée le 24 février 1989, qui consacre l’ouverture démocratique même octroyée, ouvre des perspectives de débat et de familiarisation de cette question avec le grand public. On sort peu à peu de l’anathème mais l’adversité est toujours présente.

Conclusion :

La revendication amazighe n’est pas née ex-nihilo, de rien. Elle est le fruit d’un déni identitaire –  mutilation de l’algérianité – entretenue par la confusion entre l’islamité et l’arabité. Le combat amazigh, algérianiste par essence, s’attaquait à un mythe. Et, comme toute abstraction de cet ordre, le combat est complétement déséquilibré.

La revendication a donc cheminé dans une adversité multiple et extrêmement hostile avec des attaques souvent violentes et accusatrices. Elle a, malgré cette ambiance de refus, marqué des points importants. La période du parti unique et de la construction de l’Etat national souverain ont été à la fois durs et répressifs mais c’est dans cette période que les lignes ont commencé à bouger. L’année 1980 avec l’irruption d’une revendication à ciel ouvert a marqué et ouvert les esprits. Elle a constitué un tournant historique et politique. Dans le sillage de cette revendication sont venues se greffer  la problématique  des droits de la femme, du respect et de la promotion des droits de l’homme. Désormais la question amazighe a partie liée avec la démocratisation du pays. Elle portera en germe d’autres thématiques telles que la sécularisation et posera la question de la citoyenneté qui, dans sa formulation, renvoie à l’égalité devant le droit.

La perspective est tracée. D’autres combats vont venir. Rien ne pourra arrêter la vérité historique, celle d’un vieux peuple attaché à ses montagnes, déserts et oasis et qui a derrière lui cinq mille d’histoire. Enraciné des millénaires durant dans cet immense territoire constitué de la Numidie, de la Maurétanie et de la Gétulie, sans oublier les Canaries, il aspire enfin à la  reconnaissance des siens envers eux-mêmes. Etre soi et ouvert aux autres, voilà la démarche qui a constitué le sous bassement d’une lutte toujours recommencée tellement le défi est grand et urgent.

Tarik Mira

 

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