La grève des 8 jours (28 janvier- 4 février 1957): le caractère populaire de la révolution

La grève des 8 jours (28 janvier- 4 février 1957): le caractère populaire de la révolution
25 janvier 02:14 2017 Imprimer cet Article

En vue de créer un grand événement qui mobiliserait tout le peuple algérien autour du FLN, confirmer le caractère populaire de la Révolution de Novembre et internationaliser la question algérienne, coïncidant avec l’ouverture de la session de l’ONU prévue le 6 décembre 1956, puis reportée au 20 décembre pour être fixée finalement au 28 janvier 1957, le CEE avait pris la décision d’organiser une grève de 8 jours. 
Le Forum de la Mémoire d’El Moudjahid, initié en coordination avec l’association Machaâl Echahid, est revenu, hier, sur ce haut fait historique dont l’écho médiatique et diplomatique a propulsé la question algérienne au niveau de l’ONU. Cette conférence historique s’est voulue un hommage au défunt moudjahid Brahim Chergui, responsable politique de la Zone autonome d’Alger. Le chercheur en histoire, Ameur Rkhila, invité hier du Forum de la Mémoire, est revenu sur la grève des 8 jours déclenchée le 28 janvier 1957 par les commerçants et travailleurs algériens en réponse à l’appel du Front de libération nationale. Un mouvement qui a doté le FLN d’un appui supplémentaire et apporté la preuve qu’il était le seul représentant du peuple algérien.
Il s’agissait d’une démonstration de force, non violente, se voulant un défi à la France coloniale avec des objectifs politiques et diplomatiques. Le professeur Ameur Rkhila a apporté un regard historique sur les répercussions politiques de la grève des huit jours à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Il a également expliqué le choix de la date de cette grève qui a mis à nu le visage du colonialisme. Pour le conférencier, l’appel à la grève, suivi par le peuple algérien tout entier, a prouvé à l’opinion internationale l’adhésion du peuple à la démarche du Front de libération nationale et sa détermination à poursuivre sa Révolution jusqu’au recouvrement de son indépendance. L’objectif de la grève était essentiellement politique et diplomatique tendant à faire entendre la voix du peuple algérien à l’opinion internationale à la veille de la tenue de l’Assemblée générale des Nations unies et l’examen de la question algérienne. Il fallait montrer à l’opinion internationale la lutte d’un peuple épris de liberté.
C’est ainsi que l’option d’une grève de huit jours décidée par le CCE (Comité de Coordination et d’Exécution), haute instance de la Révolution issue du congrès de la Soummam, devait être le point de cristallisation. Le déclenchement devait coïncider avec l’introduction du dossier algérien dans le débat à l’Assemblée générale des Nations unies. C’est ainsi que la date de la grève a été reportée à deux reprises, car la tenue de la 11e session de l’AG de l’instance onusienne a été décalée deux fois de suite. Quelle lecture peut-on faire de la grève des huit jours, qui avait commencé le 28 janvier 1957 et s’était terminée le 4 février ? Le professeur Rkhila estime qu’en tout état de cause, le mouvement a atteint son objectif, celui d’exprimer la volonté de l’indépendance. La décision du FLN de jeter la Révolution dans la rue, comme le voulait Larbi Ben M’hidi, ne s’était pas avérée vaine, et avait permis au monde entier de voir que ce peuple luttait pour sa liberté.
La grève avait également détruit l’argument de la France coloniale qui refusait de négocier avec le FLN, sous prétexte qu’il s’agissait de groupuscules de brigands qui n’exprimaient pas la volonté du peuple algérien. Cependant, cet élan populaire a été effroyablement réprimé. La répression a été d’une rare violente de la moindre manifestation des Algériens qui était dans la nature du système colonial qui n’hésitait pas à recourir systématiquement à la torture généralisée et aux massacres collectifs, aux vagues d’arrestations, à l’ouverture de centres concentration. Bilan, des milliers de morts, des centaines de disparus, démantèlement des réseaux du FLN et arrestation de Larbi Ben M’hidi. Mais ce qu’il faut retenir de ce haut fait historique, c’est qu’en dépit des pertes humaines considérables, et de tout ce qui a été dit ou écrit sur la grève des huit jours, cette option avait ouvert les chemins de l’indépendance. En effet, le 4 février 1957, l’Assemblée générale de l’Onu avait programmé à son ordre du jour, «la question algérienne». Et même si la France avait encore de l’influence à l’ONU, la Révolution de Novembre a réussi à avoir une dimension internationale. Il faut dire aussi que la grève des 8 jours a été suivie sur tout le territoire algérien, et même en France. Ali Haroun, un des responsables de la fédération du FLN de France, a souligné que les travailleurs algériens émigrés avaient répondu à l’appel de la grève, même si certains avaient parié le contraire. Le mérite de la réussite de la grève revient au peuple et surtout aux organisateurs de cette action qui avait surpris la France coloniale par son organisation. Parmi eux, le défunt moudjahid Brahim Chergui, responsable politique de la Zone autonome d’Alger. Zahir Ihadadene, qui a connu le moudjahid après l’indépendance, a raconté que c’est lui qui lui a montré les lieux où ont été édités les sept numéros du porte-voix de la Révolution, le journal El Moudjahid. c’est aussi lui qui lui avait montré le local sis 133, rue Telemly, que le CCE avait choisi pour en faire son siège. Pour sa part, Sid Ali Abdelhamid, le dernier membre du bureau politique du MTLD et membre du CRUA, a salué la mémoire de Brahim Chergui. Un homme qui a fait partie de la génération de Novembre. Pour rappel, en 2014, le Forum de la Mémoire d’El Moudjahid avait reçu Brahim Chergui, qui avait apporté son témoignage, en expliquant que cette action avait imposé le FLN comme seul négociateur avec la France. Nous le reproduisons aujourd’hui. «Lors de la grève des 8 jours, l’Algérie était pré-indépendante. Nous avions des commissions, notamment pour la justice et la santé. L’objectif de la grève était de porter la question algérienne à l’ONU. Il était également question d’affirmer que le FLN est le seul négociateur, pour ce qui concerne la partie algérienne. Lorsqu’on a demandé notre avis pour la durée de la grève, on avait dit que 8 jours, c’était beaucoup, qu’il fallait opter plutôt pour 24 ou 48 heures. Mais les ordres étaient déjà donnés. Par cette grève, on avait décidé de transformer toutes les villes algériennes en villes mortes. Après la grève, il y avait alors 23.000 détenus et 4.000 disparus. Mais la grève des 8 jours avait des aspects très positifs. Le FLN s’est imposé comme le seul représentant du peuple.» En effet, la grève a montré la représentativité du FLN, le triomphe de l’idée d’indépendance. Sur le plan diplomatique, un grand succès du FLN. Car, après discussion, l’ONU décide, le 15 février 1957, d’une résolution de compromis votée à l’unanimité (sauf la France) : pour une solution pacifique, démocratique et juste conformément à la charte de l’ONU. C’est dire que la grève des 8 jours avait atteint pleinement ses objectifs.

Sofia Alkhodja

 

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